« 11h17. Hangar à dirigeables d’Écausseville. Quelque part sous le ciel de la Manche, je m’envole.
Sous le ballon d’un aéroplume à ailes battantes, je m’élève lentement dans la nef.
En quelques secondes, les silhouettes se réduisent, les voix se dissipent.
Palier : 60 pieds.
Je ferme les yeux.
Les nuages apparaissent. Le réel se retire.
Je ne sens plus mon poids.
Babylone aux jardins suspendus. L’Atlantide engloutie sous une mer immobile. La tour de Babel inachevée, perdue dans les nuées.
Je traverserai mes propres utopies, comme un rêve éveillé.
J’observerai des peuples inventant des dieux. Des villes mégalithiques traçant leurs axes vers les étoiles. Des cartes redessinées à chaque génération.
Et je continuerai de battre des ailes.
Je volerai au-dessus des merveilles du monde. Réelles, disparues, englouties.
Je percerai le mystère des ruines ensevelies sous le sable. Des cités mayas abandonnées aux lianes. Des jungles refermant des temples oubliés.
Puis j’irai plus loin.
Au-delà des frontières. Au-delà des siècles.
Des forêts primaires où aucune pierre n’a encore été taillée. Des deltas immenses et sacrés où l’on apprend à lire le ciel. 
Un monde intact.
Puis la courbure.
Le hangar s’allonge encore. Le temps avec lui.
Ce que l’humanité a construit de plus beau. Et ce qu’elle n’a pas encore osé imaginer.
Je ferai le tour du monde — passé, futur et rêvé.
Des mégapoles lumineuses veillant toute la nuit. Des villes encore invisibles, suspendues au-dessus des océans. Des colonies lunaires éclairées par une Terre lointaine.
Quarante mille kilomètres d’une nef continue.
Et la Terre continuera de tourner sous mes ailes. »
*
“11:17 a.m. Écausseville Airship Hangar. Somewhere beneath the skies of the Channel, I take flight.
Beneath the balloon of a flapping-wing aeroplume, I slowly rise within the nave.
Within seconds, silhouettes shrink, voices fade.
Level: 60 feet.
I close my eyes.
Clouds appear. Reality withdraws.
I no longer feel my weight.
Babylon with its hanging gardens. Atlantis swallowed beneath a motionless sea. The unfinished Tower of Babel, lost in the clouds.
I will travel through my own utopias, like a waking dream.
I will watch peoples inventing gods. Megalithic cities aligning their axes with the stars. Maps redrawn with every generation.
And I will keep beating my wings.
I will fly above the wonders of the world — real, vanished, submerged.
I will pierce the mystery of ruins buried beneath the sand. Mayan cities abandoned to the vines. Jungles closing over forgotten temples.
Then I will go farther.
Beyond borders. Beyond centuries.
Primeval forests where no stone has yet been cut. Vast and sacred deltas where one learns to read the sky.
An untouched world.
Then the curve.
The hangar stretches further still. Time stretches with it.
What humanity has built at its most beautiful. And what it has not yet dared to imagine.
I will circle the world — past, future, and dreamed.
Luminous megacities keeping vigil through the night. Cities still invisible, suspended above the oceans. Lunar colonies lit by a distant Earth.
Forty thousand kilometers of a continuous nave.
And the Earth will continue to turn beneath my wings.”

© Guillaume Bellanger
© Guillaume Bellanger
© Guillaume Bellanger
© Guillaume Bellanger
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