Le Château de Fleckenstein est aujourd’hui en ruine. Il se situe dans les forêts vosgiennes, au sommet d’un imposant rocher de grès rose, il culmine à trente mètres de haut. Érigé au début du Moyen Âge, il fut le fier domaine de la famille Fleckenstein durant des siècles, avant que cette lignée ne s’éteigne en 1720. Depuis lors, le château a sombré dans l’oubli, et son apparence d’origine, à son heure de gloire, demeure un mystère.
Entre 1610 et 1650, l’artiste graveur germano-suisse Matthäus Merian parcourt les villes et villages de Suisse et d’Allemagne. Son art est précieux, la guerre de Trente Ans sévit et modifie profondément l’architecture de tous ces territoires. Il recense et dessine tous les châteaux et autres monuments de sa région. Lorsque ceux-ci sont en ruine, il les réinvente, leur attribuant une splendeur idéale. Parmi ses œuvres, le Château de Fleckenstein prend forme dans son célèbre "Topographia Germaniae", publié en 1642.
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Fleckenstein Castle is now in ruins. It stands in the Vosges forests, atop an imposing pink sandstone rock, towering 30 meters high. Built in the early Middle Ages, it was the proud domain of the Fleckenstein family for centuries, until this lineage became extinct in 1720. Since then, the castle has faded into oblivion, and its original appearance, at the height of its glory, remains a mystery.
Between 1610 and 1650, the German-Swiss artist and engraver Matthäus Merian traveled through cities and villages in Switzerland and Germany. His art was valuable, as the Thirty Years' War ravaged and profoundly altered the architecture of these regions. He cataloged and drew all the castles and monuments in his area. When these were in ruins, he reimagined them, giving them an idealized splendor. Among his works, Fleckenstein Castle takes shape in his famous Topographia Germaniae, published in 1642.

© Matthäus Merian
Le 2 janvier 1812, le sous-directeur des fortifications, Huart, entreprend une reconnaissance au Château de Fleckenstein. Mission de rendre rapport sur l’état du château et des travaux qu’il y aurait à faire pour y placer des prisonniers de guerre. Gravissant l’imposant rocher escarpé, il se hisse à travers une ouverture et découvre un dédale de pièces taillées dans la roche, communiquant au moyen de corridors obscurs et où vivent des vagabonds réfugiés. Dépité par l’état de délabrement des lieux, il conclut à l’impossibilité d’y installer une prison militaire et met fin à ses recherches.
Dans son rapport, l’officier joint ce dessin de Matthäus Merian, accompagné de cette mention : "Pour donner une idée plus sensible du Château, j’ai l’honneur de vous transmettre ci-joint la vue de ce fort tel qu’il était il y a environ deux cents ans.". Inspiré par cette gravure et fantasmant l’excursion de cet officier à travers ce château, mon image représente la Ruine idéale de Fleckenstein, un monument perdu entre réalité historique et imaginaire.
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On January 2, 1812, the deputy director of fortifications, Huart, embarked on a reconnaissance mission at Fleckenstein Castle. His task was to report on the state of the castle and the work that would be required to house prisoners of war there. Scaling the imposing rocky outcrop, he climbed through an opening and discovered a maze of rooms carved into the rock, connected by dark corridors, where vagrants had taken refuge. Dismayed by the dilapidated condition of the site, he concluded that it was impossible to use it as a military prison and ended his search.
In his report, the officer attached a drawing by Matthäus Merian, accompanied by the note: "To give a more vivid idea of the Castle, I have the honor of transmitting herewith the view of this fort as it was about two hundred years ago." Inspired by this engraving and imagining the officer’s excursion through the castle, my image represents the idealized Ruin of Fleckenstein, a monument lost between historical reality and imagination.

© Guillaume Bellanger
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