Le Circus Maximus est un ancien hippodrome de la Rome antique, autrefois dédié aux courses de chars et aux processions triomphales. Il demeure à ce jour la plus vaste enceinte sportive que le monde ait connue. Tombé en désuétude au début du Moyen Âge, ses matériaux et ses trésors furent emportés et réemployés pour construire les monuments chrétiens de la Rome nouvelle.
Mais les ruines murmurent encore… À partir de 1748, l’architecte et graveur italien Piranèse publie Les Vues de Rome, une série de gravures représentant les monuments antiques de la ville. S’il se contentait jusque-là de dessiner ces ruines en l’état, il se passionne désormais pour ce monde disparu. Il visite les fouilles, rencontre des érudits et des antiquaires, et imagine alors ce qui avait pu être — valorisant ainsi, pour la première fois, ce patrimoine oublié d’un âge d’or révolu.
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The Circus Maximus is an ancient racetrack of Roman antiquity, once dedicated to chariot races and triumphal processions; it remains to this day the largest sporting enclosure the world has ever known. Falling into disuse at the beginning of the Middle Ages, its materials and treasures were taken away and reused to build the Christian monuments of the new Rome.
But the ruins still whisper... From 1748 onward, the Italian architect and engraver Piranesi published Views of Rome, a series of engravings depicting the city’s ancient monuments. Whereas he had previously confined himself to drawing these ruins as they stood, he now became fascinated by this vanished world. He visited excavations, met scholars and antiquarians, and began to imagine what might once have been — thus, for the first time, bringing renewed value to this forgotten heritage of a bygone golden age.

© Giovanni Battista Piranesi
Les monuments de Rome ont été déplacés. Les colonnes monolithiques du Forum de Trajan ont été transportées pour former la façade de la Basilique Saint-Jean-de-Latran. Les marbres colorés des Thermes de Caracalla ont été réemployés pour composer les sols de la Basilique Saint-Pierre. Où sont les gradins du Circus Maximus, ses obélisques égyptiens, ses statues impériales ? Le Circus Maximus a été dissous dans Rome. Il n’en subsiste qu’un vide monumental.
Rome est un rêve. Un chantier permanent, qui ne cesse de s’édifier et de se ruiner sur ses propres vestiges. Son patrimoine n’est pas sacré : il est en cours de fabrication. Dans le prolongement de Piranèse, j’imagine la construction d’une Rome idéale, irréelle — une archive spéculative du Circus Maximus, où des machines de chantier récupèrent les fragments antiques de la ville pour reconstruire un Circus Maximus qui n’a jamais existé, mais dont nous rêvons.
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The monuments of Rome have been displaced. The monolithic columns of Trajan’s Forum were transported to form the façade of the Basilica of St. John Lateran. The colored marbles of the Baths of Caracalla were reused to compose the floors of St. Peter’s Basilica. Where are the tiers of the Circus Maximus, its Egyptian obelisks, its imperial statues? The Circus Maximus has been dissolved into Rome. All that remains is a monumental void.
Rome is a dream. A permanent construction site, endlessly building itself and collapsing upon its own remains. Its heritage is not sacred: it is still in the process of being made. In the wake of Piranesi, I imagine the construction of an ideal, unreal Rome — a speculative archive of the Circus Maximus, where construction machines recover the city’s ancient fragments to rebuild a Circus Maximus that never existed, yet one we continue to dream of.

© Guillaume Bellanger
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